LA RECHERCHE

Fragments

Ces céramiques ont été réalisées en suivant un procédé d’assemblage d’éléments en chamotte modelée, séchés et cuits à 980°, pour être ensuite unis entre eux à l’aide de barres de plomb fondu, coulé dans des canaux de jonction prédisposés lors de la phase de modelage. Ce procédé a pour but de recréer aujourd’hui la méthode de « restauration » adoptée pendant l’antiquité par les céramistes pour réparer les lésions de ces ouvrages en terre cuite. Cette tré é és ancienne technique de céramique que j’ai proposée, se réfé é ére en particulier aux 14 grands récipients en terre cuite, appelés « dolia », d’une capacité de 2500 litres, retrouvés lors de fouilles archéologiques sous-marines, dans l'épave d’un navire romain, datant de la 1é é ére moitié du I sié é écle apré é és J.C, ayant coulé dans la baie de Diano Marina (IT), semblable a ceux que l’on a retrouvés sur la côte continentale française: à la pointe de La Garoupe pré é és d'Antibes, ou au Petit-Congluoé et au Grand-Ribaud D, avec leur cargaison de grands « dolia ».
A Diano Marina, tous les « dolia » du chargement présentent de nombreuses et parfois évidentes fissures, réparées avec des barres et des crampons à queue d’hirondelle en plomb fondu. Ce procédé de réparation est tré é és fréquemment documenté en archéologie par de nombreuses pié é éces de différentes origines, et par des sources littéraires anciennes; il est donc possible de supposer que cette méthode était tré é és largement répandue, et qu’elle permettait de restituer la fonctionnalité d’un récipient fissuré, en garantissant également la même tenue mécanique qu’un objet manufacturé intact.
Les dimensions de ces grandes jarres, et les difficultés considérables liées à leur construction, justifiaient largement tout effort mis en oeuvre par les céramistes de cette époque, pour réparer ces récipients qui, lors des différentes phases de modelage, séchage ou cuisson, ou du fait de leur usage, auraient pu présenter quelques fissures ou subi un dommage structurel. En qualité de restaurateur pour la Soprintendenza Archeologica della Liguria (It), j’ai eu l’occasion de m’occuper des «dolia» de Diano Marina , dont certains avaient été récupérés de manié é ére fragmentaires, lors des dernié é éres fouilles terminées en 1990.
En travaillant sur les problé é émes relatifs à leur restauration, j‘ai considéré ces amphores, non seulement comme des objets archéologiques construits avec une grande habilité et un contenu de technologie céramique tré é és élevé, mais aussi comme de suggestives Ĺ“uvres monumentales. Ces observations m’ont conduit, en qualité de céramiste, vers une recherche sur les applications potentielles de ce procédé, du point de vue plastique, et à développer un langage expressif spécifique.
Empiriquement, j’ai réalisé mes premié é éres sculptures en terre-cuite et en plomb fondu que j’ai, de façon générale, appelées «Frammenti», dans l’intention de revenir sur les traces de ces anciennes expériences sur les céramiques, aussi bien en raison de la particularité de la technologie adoptée, que des contenus formels, que je considérais comme un tournant dans mon parcours esthétique personnel.
J’ai présenté pour la premié é ére fois «Frammenti» à Gênes, en 1993, dans les Anciennes Citernes de l’église de Santa Maria di Castello. Par la suite, j’ai exposé «Frammenti» à Albisola, à Imperia et encore à Gênes; en mars 2002, aux côtés des grands « dolia » de l'exposition de Diano Marina; et ensuite à Cagnes-sur-Mer dans la Maison des Artistes.